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Le Mont, Dol et les marais, vus par le Panorama pittoresque de la France, 1839


« Les marais les plus considérables sont ceux de Dol, dans l’arrondissement de Saint-Malo. Ils ont été formés par un envahissement de la mer, au commencement du VIIIe siècle. Les eaux se retirèrent par degrés, et laissèrent à découvert un terrain considérable qui devint susceptible de culture, et se couvrit bientôt habitations ; mais en 1606 et en 1630, la mer inonda de nouveau une partie de ce terrain, qu’on n’a pu reconquérir, et elle détruisit de fond en comble les communes de Sainte-Anne et de Paluel. C’est depuis ce malheureux événement que les digues de Dol ont été construites. Sous leur protection, et au moyen de nombreux canaux, on a desséché grande partie de ces marais.
(…)
C’est à Château-Richeux que commencent les digues de Dol qui s’étendent depuis Château-Richeux jusqu’au pas au Bœuf, en Ras-sur-Couesnon, c’est-à-dire sur un espace d’environ 6 à 27 kilomètres. Ces digues ont été faites dans l’intention de préserver les propriétés contenues dans un certain rayon, que l’on appelle enclave, des inondations qui pourraient avoir lieu à certaines époques de l’année et lors de quelques fortes marées. Elles sont la propriété et l’ouvrage de tous ceux qui possèdent dans l’enclave, lesquels ont été autorisés par le gouvernement à se réunir en association et à former un petit état à part relativement à l’administration, et aux règlements qu’ils jugeraient à propos de faire dans l’intérêt de tous. Les marais enclavés s’étendent depuis Châteauneuf jusqu’auprès de Pontorson. Dol se trouve être le point central, et l’assemblée des digues s’y réunit une fois par an, à l’effet de voler le budget de l’année, d’accepter ou de rejeter l’exécution des travaux proposés dans l’intérêt général.

Les marais de Dol sont très fertiles et l’air n’y est pas aussi malsain qu’autrefois. On l’a rendu plus salubre en faisant des dessèchements, des saignées dans les terres, en conduisant les eaux dans les rivières qui se jettent dans la mer, et en plantant sur les fossés une quantité considérable d’arbustes et d’arbres blancs. Ces marais sont un empiétement de l’homme sur les eaux de la mer, que l’on est parvenu à contenir dans les limites qu’on lui a imposées ; il semble que, comme le Créateur, lui a dit : « Tu viendras jusque-là, tu ne passeras pas plus loin, et tu briseras ici l’orgueil de tes flots. » Faisons des vœux pour qu’elle ne franchisse point les bornes qu’on lui a données. Quels affreux dégâts ne commettrait-elle pas ! L’on ne peut y arrêter sa pensée, tellement l’idée seule en épouvante. Tous les jours, en fouillant dans les marais de Dol, on trouve des arbres renversés, qui ont conservé leur forme, leur écorce, quelquefois même leurs feuilles ; tous les jours on trouve des coquillages piégés à la terre végétale. Le territoire est très fertile partout où l’on a pu dessécher ; c’est sans contredit le plus productif et le mieux cultivé du département ; toutes les terres sont propres au froment, que l’on sème trois années de suite ; la quatrième année est consacrée au repos ou à la culture du sainfoin. Dans les parties encore marécageuses, la terre produit, d’elle-même et sans culture, de grands roseaux qui servent aux habitants pour couvrir leurs maisons, et qui donnent aux champs l’apparence de plantations de cannes à sucre.
On remarque sur la digue deux très beaux ponts, celui de Blanc-Essai, construit en 1778, et celui d’Angoulême, qui a été achevé en 1817. L’on a pratiqué sous les voûtes de ces ponts des portes faites de manière à ce que la mer, en arrivant, les ferme et oppose ainsi a elle-même un obstacle qu’elle ne peut franchir ; lorsqu’elle est retirée, la force de l’eau douce, retenue derrière, les oblige de s’ouvrir et de lui livrer un passage sur la grève.

Le Mont-Dol domine le marais, et s’élève à une hauteur considérable ; il a environ une demi-lieue de tour à la base, et formait une Île pendant que dura l’invasion de la mer. C’était, dit-on, un lieu consacré chez les Gaulois, où l’on voyait un collège de druides et un temple pour les sacrifices.
On jouit sur le Mont-Dol d’un bel horizon ; on aperçoit Dol, la Normandie, les environs de Rennes, le mont Saint-Michel et une immense étendue de mer. Sur le point le plus élevé est placé le télégraphe, qui domine un rocher à pic d’une hauteur effrayante.
Ce bourg ne se compose que de quelques maisons réunies, mais son territoire est considérable : ça et là on y trouve des villages plus importants que le bourg dont ils dépendent, et plusieurs riches habitations disséminées sur cette partie fertile du département. »

Panorama pittoresque de la France, département d’Ille-et-Vilaine, Firmin Didot, 1839