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Un recueil d’images de paysages des habitants et des acteurs rencontrés

L’image, picturale, photographique, écrite, constitue une illustration de la représentation mentale du paysage. Elle relâte un cadre, une vue, une perspective. La proposition d’un recueil d’images des regards d’habitants sur les paysages de leur département a été faite dans ce sens, pour l’étude des représentations sociales des paysages. Celui-ci révèle l’importance de l’eau et des symboliques qui y sont associées, les interrogations concernant les paysages urbains, la dimension identitaire des paysages fonction des territoires et des manières de les habiter, enfin la diversité des expertises ayant trait au paysage et l’intérêt de croiser ses regards.

Méthode et échantillon

Nous avons demandé à différents acteurs du paysage (élus communautaires, techniciens, responsables associatifs), rencontrés dans le cadre d’entretiens pour parler de leurs paysages de l’Ille-et-Vilaine, d’apporter et de commenter une image d’un paysage du département. 42 % des 31 élus communautaires rencontrés ont apporté une image, 71 % des 14 autres acteurs rencontrés également. Toutes les personnes interviewées [1] ont raconté une image de leur paysage de l’Ille-et-Vilaine.

Par ailleurs, et dans un second temps, les habitants du département ont été invités à déposer, dans une boite aux lettres virtuelle mise en place sur le site du Conseil Général, les images ou illustrations (photos, dessins, mots) qui, selon eux, rendent compte, témoignent, de leurs regards sur les paysages de leur département. En complément à l’image, quelques questions ont été posées : un commentaire succinct de l’image choisie, la localisation du paysage choisi et des informations d’ordre signalétique pour le traitement statistique des données.
Le nombre des images rapportées par les habitants à partir de la boite virtuelle, accessible durant la période de l’étude, est resté limité. 25 images ont été jointes avec leur fiche (par 22 personnes). 12 autres photos ont été déposées, avec ou sans un petit commentaire.
Le peu de retours ne permet pas une analyse sociologique significative des réponses des habitants. Cependant, nous notons que ces répondants sont plutôt des hommes (64 %), qu’ils représentent une moyenne de 45 ans (un groupe de collégiens de 11 à 16 ans a participé), une diversité de profils socio-économiques (cadres et employés sont autant représentés que les retraités), mais tous ne sont pas représentés (aucun ouvrier, chef d’exploitation agricole ou autre inactif n’a répondu). Ils sont habitants de la couronne du grand pôle de Rennes, ou du sud du département. 68 % pratiquent une activité en lien avec le paysage (activité sportive ou liée à l’environnement, jardinage, photographie). On retrouve le profil des répondants au questionnaire Regards d’habitants sur les paysages de l’Ille-et-Vilaine [2], avec une plus grande représentation encore des habitants ayant une activité en lien avec le paysage.
L’ensemble des rapporteurs de regards ont choisi des paysages proches  ; de leur territoire de vie ou de leurs centres d’intérêt. La plupart des répondants ont transmis une photographie ; seul un peintre a proposé l’une de ses peintures et un ancien professeur de géographie une lithographie. Ceci renforce le caractère proche et personnel de cette proposition.
Près de deux tiers des images transmises par les élus sont issues de publications, municipales ou autres. Si les images des autres acteurs sont souvent personnelles, elles relèvent d’un regard plus technique. Les photos des habitants apparaissent plus personnelles. Les personnes qui ont donné des images personnelles lors des entretiens, ont toutes marquée le caractère intime à dévoiler des images qui sont souvent des photos personnelles. Peut-être que cela explique le faible retour des habitants.
Cependant, la cohérence des images choisies par rapport au discours des personnes interviewées, préalablement au recueil élargi à l’ensemble des habitants, montre la pertinence de cette approche. Aussi, nous proposons ici l’analyse de la soixantaine d’images ainsi reçues.
Nous précisons ici que les habitants étaient invités seulement à transmettre une image de leur regard sur les paysages de l’Ille-et-Vilaine pour alimenter le recueil d’images. Au cours de l’entretien d’une heure [3] qu’ils nous ont consacré, les élus communautaires et autres acteurs du paysage ont eu l’occasion d’évoquer plusieurs images de paysage ; pour le besoin de l’exercice, ils en ont retenu une, ici présentée.
Aussi, l’analyse ne peut être commune et est ici restituée en trois parties, en fonction des groupes et des types d’expertise sur les paysages des personnes interrogées.

Synthèse de l’analyse des images rapportées

A travers les images choisies, les habitants considèrent l’importance de l’eau. Elle relève de symboliques fortes, liée à la vie, à la nature, à la quiétude et au temps. Bien qu’elle domine la plupart des cadres des photographies proposées, elle participe d’un paysage qu’elle façonne. Plusieurs images et commentaires transmis s’intéressent ensuite aux aménagements urbains, et retiennent des exemples de paysages composés d’objets variés et d’horizons, permettant l’intégration des éléments et la diversité des paysages, urbains. Le paysage agricole est souvent évalué, considéré dans sa composante patrimoniale ou écologique.
La plupart des élus communautaires rencontrés s’attachent à la composante identitaire des paysages qu’ils choisissent ici. Ils les estiment particuliers à leur territoire. Aussi, ils en soulignent les objets du patrimoine bâti et, plus souvent, naturel. Considérant ce dernier, ils évoquent la nature du sol, l’eau, et l’arbre. Souvent attachés à ces éléments, ils s’approprient ces paysages en en contant une histoire personnelle.
Il est intéressant de noter une distinction des choix d’image fonction du type de commune (selon l’aire d’influence du pôle urbain) que l’élu représente. La ville-centre est une référence paysagère pour les élus de communes de grand pôle ou de couronne de grand pôle. Les espaces de loisirs ou de nature aménagés en sont une autre. Les élus des communes multipolarisées de grande aire urbaine retiennent le bourg, combinant des éléments de centre ancien et des aménagements urbains. Ceux des communes multipolarisées ou isolées parlent plus souvent d’un paysage dont ils participent.
Les élus rencontrés apprécient les paysages qu’ils décrivent, ils s’impliquent dans cette description. Aussi, aucun des paysages n’est exempt de la présence humaine. Au-delà, sur quelques photographies, les personnages soulignent les pratiques de plein-air et la dimension touristique que certains paysages revêtent.
S’ils choisissent des paysages où l’objet de leur travail est mis en avant, les autres acteurs (techniciens ou responsables ayant une activité en lien avec les paysages) expliquent par les autres composantes du paysage l’intérêt de considérer de façon globale cette composition. Les acteurs sportifs et culturels centrent l’observation des paysages sur l’Homme dans ses pratiques, ouvrant ainsi les perspectives sensorielles et appréciatives du paysage. Tous éclairent par la spécificité de leur regard, l’intérêt d’une approche transversale des expertises sur les paysages.

Des photographies transmises par des habitants

L’eau, comme vecteur de paysage

Les images envoyées par les habitants sont toutes des photographies. 23 % ont été faites en 2013 ; 41 % datent de 2012 ; plusieurs sont antérieures à 2010. A une exception près, les photos transmises avec leur fiche ont été faites par les personnes qui les envoient. Elles relèvent d’une certaine recherche esthétique  ; visible par les éléments de composition, la profondeur de champs, la perspective, l’attention portée aux couleurs.

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Extrait du recueil d’images de regards d’habitants sur les paysages de l’Ille-et-Vilaine

Sur les 35 photos reçues, 51 % ont pour objet l’eau. Dans la plupart des paysages d’eau présentés, le cadre de l’espace est composé : l’eau prend la totalité du premier plan et le ciel constitue le fond de plan. Il est intéressant de noter qu’un tiers des photos de canal sont ainsi cadrées, considérant l’étendue d’eau plus que la voie fluviale ; le même nombre présente l’eau sortie du lit du canal. Là, le ciel se reflète dans l’eau ; au-delà de cette composante esthétique, la lumière recherchée dans un moment particulier rapporte la composante temporelle du paysage. Une haie d’arbres apparaît systématiquement, comme deuxième élément ou fond de plan.
Pour les 28 % des paysages d’eau présentant un cours d’eau, tous, à l’exception d’une photo, sont des canaux. Le bord de l’eau apparaît comme un objet à part entière : un chemin, une haie, une structure métallique qui, parallèle au cours d’eau, le souligne.

Les commentaires des répondants associent l’eau à la nature. Les différents plans d’eau renvoient à la composante affective, la sensation de « sérénité », l’état de contemplation. La situation de l’observateur est, la plupart du temps, racontée. L’esthétique des « couleurs » et l’importance du « ciel » parlent de saisonnalité. Le cours d’eau est « rafraîchissant », « ressourçant ».
17 % des paysages d’eau présentent une composante identitaire, à travers la mise en avant d’un patrimoine ou une activité ancienne (« vieille barque », « ancienne cabane de pêcheur », « chapelle »). Les commentaires de ces paysages considèrent la localisation, la valeur patrimoniale de ce second objet ; l’eau renvoyant au temps qui passe et à « l’oubli ».

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Extrait du recueil d’images de regards d’habitants sur les paysages de l’Ille-et-Vilaine

17 % valorisent des aménagements urbains qui, à proximité de l’eau, offrent une autre manière de « vivre la ville », un certain « équilibre ». Le photographe commente le cadre d’un horizon qui permet une « respiration ». Le fil de l’eau est souligné par l’aménagement alors que les habitations éloignées, cachées, sont peu visibles. Notons que les habitations contemporaines sont ainsi décrites quelque soit la photo rapportée où elles figurent. Chacun de ces paysages urbains est localisé, comme une particularité captée ; considérée comme un exemple d’aménagement à poursuivre.

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Extrait du recueil d’images de regards d’habitants sur les paysages de l’Ille-et-Vilaine

Des paysages d’aujourd’hui : intégration des éléments contemporains et préservation d’une biodiversité

11 % des paysages révèlent des éléments de patrimoine ancien. Au-delà des paysages « d’eau » évoqués plus haut, les objets patrimoniaux (château, calvaire) sont appropriés par l’observateur qui les place dans une histoire personnelle (conte, enfance).

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Extrait du recueil d’images de regards d’habitants sur les paysages de l’Ille-et-Vilaine

11 % proposent des paysages agricoles. Si l’agriculture paraît façonner le paysage, l’esthétique des photographies rappelle des images passées. Les commentaires soulignent le rôle de l’agriculture dans le paysage du département, et le lien entre les modes ou types de productions et la qualité de ces paysages. Sur une vaste étendue, des terres agricoles inondées amènent le commentaire d’une nature plus forte que les cultures ; sur une autre, les herbes jaunies de marais alertent sur l’incidence des produits utilisés pour l’agriculture. Aussi, le paysage agricole est évalué, la composante appréciative est importante dans sa représentation.

9 % présentent des infrastructures contemporaines (pont, ligne THT, éolienne). Ces dernières apparaissent comme de véritables objets du paysage, participant du lien entre les éléments qui le composent. Le pont et la cime des arbres forment les mêmes courbes sur le ciel, les lignes THT, dont le détail des fils transparaît, donnent une profondeur et prolongent le point de vue, les éoliennes, qui surplombent un champ de maïs, ouvrent une perspective. Ces images sont peu ou pas commentées, à l’exception d’un long commentaire qui critique les éoliennes pour leurs nuisances pour l’Homme surtout.

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Extrait du recueil d’images de regards d’habitants sur les paysages de l’Ille-et-Vilaine

6 % considèrent un panorama du bassin rennais. Ce cadre accentue l’immensité de cette unité. Trois plans se dessinent : le champ cultivé, puis la haie boisée qui se confond avec les immeubles de la ville au loin, enfin le ciel. Aussi, les habitations participent ici du paysage, dans une métaphore végétale. Les commentaires évoquent à la fois le lien et la distance, entre la ville et la campagne.

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Extrait du recueil d’images de regards d’habitants sur les paysages de l’Ille-et-Vilaine

Plus rares sont les photos suivantes. Les paysages où figure un chemin soulignent ce qui l’entoure et la position ou plutôt la quête de l’observateur. Les paysages de landes renvoient à l’accumulation d’objets (roche, terre, arbres), accentués par des cadres qui mettent en avant les aspérités du relief. Ensuite quelques paysages très divers ont en commun de présenter des objets détails floristiques, ainsi commentées (jacinthe des bois, flore amphibie, sous-bois fleuri). Le lieu de la prise de vue est là nommé.

Des paysages en lien avec les territoires du département pour les élus communautaires

Comme les habitants ayant répondu, les élus communautaires choisissent des images de paysage de leur Pays pour illustrer leur regard sur les paysages du département. Comme dans le cadre de l’enquête par questionnaire, on trouve de rares exceptions.

Des paysages identitaires

La composante identitaire des paysages rapportés est marquée par une géographie (relief, sol, littoral, vallée, rivière, …) et/ ou un bâti spécifiques. Les élus choisissent des paysages qui leur sont proches ; ils caractérisent le Pays, voire la communauté de communes qu’ils représentent.

L’élément patrimonial naturel est particulièrement mis en avant par les élus communautaires du Pays de Saint-Malo. Chacun nomme un site emblématique du littoral, de sa communauté de communes (« la Baie du Mont-Saint-Michel, la Digue de la Duchesse Anne, le littoral balnéaire, la vallée de la Rance »). Tous parlent de lien « entre terre et mer », « entre arbre et eau » (pour la Bretagne Romantique, seule à ne pas avoir de côte maritime). De façon moins unanime, des élus du Pays de Brocéliande valorisent des particularités géologiques et géographiques (roche, relief, jeux de relief), qu’ils présentent comme extraordinaires (se référant à des légendes locales, à des impressions « irréelles »).

Les élus rencontrés du Pays des Vallons de Vilaine retiennent le site du moulin du Boël et celui des Corbinières. Ils soulignent, dans le paysage de la vallée de la Vilaine, les objets, bâtiments patrimoniaux, dont ils détaillent l’histoire et l’antériorité (moulin de quatre siècles, pont d’avant- guerre) pour mieux donner à voir la composante identitaire de ce paysage. Une partie des élus communautaires rencontrés du Pays de Redon et Vilaine retient également des paysages de la Vilaine et l’élément historique (« ancestral, abbatiale, chapelle … »).

« Il y a un endroit où on voit le bassin de Rennes, donc une zone très plate, on voit la Vilaine qui fait un virage à 90 degrés, entre des falaises de schistes rouges, on voit le moulin du Boël et on voit la Vilaine serpenter. (…) C’est un moulin très typique, qui a une forme liée au courant, les formes en pointe pour être adapté au courant. Il a, je crois, quatre siècles. C’est un élément fort de ce paysage. » Elu communautaire

La « présence » de l’eau, comme objet vecteur de paysage, est commune aux descriptions des paysages choisis de la vallée de la Vilaine ou des bords du canal d’Ille-et-Rance par les élus du Pays de Saint-Malo, du Pays des Vallons-de-Vilaine et du Pays de Redon et Vilaine. Sa permanence, son cours, sa fluidité donnent au paysage qu’elle traverse une quiétude, une vitalité et une perspective. Elle crée de façon continue du lien et éveille les sens, composant le paysage.

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Image recueillie dans le cadre des entretiens auprès d’un élu communautaire

Il est intéressant de noter que si le « canal » est cité, la canalisation de l’eau n’est abordée que par un élu qui, au cours de l’entretien, relève le changement de statut de cette voie de transports devenue paysage de nature. Il remarque que cette « création de l’homme qui, 200 ans après, fait l’unanimité comme composition d’un paysage ».

L’eau et l’arbre sont plusieurs fois associés dans les images proposées par les élus communautaires. L’arbre est également considéré dans sa composante identitaire. Les élus parlent de l’arbre émondé et de cette taille particulière à l’Ille-et-Vilaine, ainsi que du bocage, qui caractérisent le paysage agricole du département. Si l’arbre est ainsi évoqué par une plus grande diversité d’élus (en termes de localisation), c’est pour s’inquiéter de sa préservation. Aussi, la composante affective est moins présente que pour les paysages d’eau. Les élus mettent en avant la composante appréciative et pratique de ces paysages. Plusieurs décrivent de façon technique les arbres du bocage. Ils associent ce dernier à la question de l’évolution de l’activité agricole.

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Image recueillie dans le cadre des entretiens auprès d’un élu communautaire

« Je voyais des parcelles agricoles qui avaient des limites qui étaient complètement différentes de ce qu’elles sont aujourd’hui. On les a vu disparaître, Le bocage a disparu et aujourd’hui, au lieu d’avoir des haies, on voit des clôtures avec des piquets de bois et des barbelés. Voilà, quand on me parle du paysage, (...) c’est celui dont je me suis imprégné le plus quand même. » Elu communautaire

Des paysages sous l’influence des aires urbaines

Certains choisissent de questionner ou de valoriser la dimension paysagère des aménagements urbains. Là, les élus se distinguent selon le type de communes dont ils sont le maire.

Les élus rencontrés de grands pôles ou de communes couronne de grands pôles, de Fougères, Rennes ou de Redon, parlent de paysages du pôle urbain. Ils nomment des sites particuliers dans son centre ancien (parc du Thabor à Rennes, vallée de Nançon, marais de Redon). Ils évoquent les objets de nature (relief, vallée, marais) qui valorisent les constructions urbaines (parc, jardin, édifice). En dehors du pôle urbain, ils choisissent des espaces, de loisirs ou de nature, aménagés (forêt, plan d’eau, Espace Naturel Sensible) ; dont ils retiennent essentiellement la composante pratique.

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Image recueillie dans le cadre des entretiens auprès d’un élu communautaire

Les élus des communes multipolarisées de grande aire urbaine (ou de communes couronne du grand pôle de Rennes, éloignés du pôle) décrivent un cadre paysager, à partir d’objets marquant le centre ancien de l’agglomération (« mairie, clocher, église , … »). S’ils s’attachent à l’identité du bourg, ils en soulignent les aménagements urbains de valorisation ou de création d’espaces publics paysagers (« jardin, espace vert public, vue panoramique »).

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Image recueillie dans le cadre des entretiens auprès d’un élu communautaire

Un élu considère comme paysage un bâtiment réhabilité qui, selon lui, donne à voir un aménagement urbain, un bel édifice, une histoire rappelée, un lieu social, une action communautaire. Un autre retient également le bâti ancien faisant ressortir la composante identitaire du paysage, mais dans une situation plus ponctuelle ; une exposition de photos anciennes de la commune sur les murs de l’église.

Enfin, les élus de communes multipolarisées ou isolées rencontrés décrivent un paysage dont ils participent ; ils choisissent de parler d’un chemin qu’ils aiment à emprunter ou d’un jardin qu’ils continuent de façonner.

« L’image du paysage, c ‘est là où je vis. Je vis dans une maison en pleine campagne, tout seul. C’est ce que je plante, j’ai refait des haies bocagères, des petits vergers, j’ai fait des prairies fleuries un peu. (…) La photo que j’ai du paysage, c’est plutôt un film. On crée un film qui est en train de se faire progressivement (…) On construit sa maison et on construit son paysage. » Elu communautaire

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Image recueillie dans le cadre des entretiens auprès d’un élu communautaire

Au-delà de cette distinction entre le paysage choisi et le type de commune selon l’aire d’influence des pôles, quelques autres particularités différencient les paysages rapportés par les élus rencontrés du Pays de Rennes.
Si les vallées et les vues qu’elles offrent sont souvent décrites par les élus dont la commune possède ses caractéristiques, les élus de Rennes Métropole choisissent un paysage plus vaste encore : « le bassin de Rennes ». Ils considèrent les horizons sur la ville ou depuis la ville comme le cadre de ce paysage. Il figure le lien ville-campagne ; raconté de façon essentiellement visuelle par les élus.

« Sur la route, vous regardez le pays de Rennes, c’est le bassin de Rennes. Vous regardez sur la butte, quand vous arrivez de Nantes, vous regardez : les Horizons, la ville au milieu des machins. Quand vous arrivez de Saint-Malo, après la Mézière, avec Cap Malo, juste là, vous avez la ville que vous voyez. La Cossinade vous avez deux endroits, à la Cossinade, et un peu plus près à Bréal, vous l’avez la ville. » Elu communautaire

Les élus des communes couronnes de ce grand pôle évoquent eux aussi le paysage de transition entre la ville et la campagne, à travers les créations ou extensions de quartiers résidentiels. Ils parlent de la même manière les maisons, les cultures, les arbres qui s’alternent ou se confondent.

« Ici vous avez ces paysages mêlés où les maisons alternent avec les champs. On n’est pas du tout en habitat disséminé et éclaté. » Elu communautaire

« Ce bocage ! C’est une commune de 500, 600 habitants, je ne sais même plus s’il y a une école, il n’y a plus de commerces. Ils ont fait des lot… ils ont grandi, mais de façon, on voit des arbres partout, on ne voit même pas qu’il y a des maisons. (…) C’est la plus belle image que j’ai d’une collectivité. Vous avez une première rue, vous ne savez pas trop que vous êtes dans le bourg. (…) J’aimerai marier ce genre de chose avec une vie, une vie commerçante, associative. » Elu communautaire

Autre particularité du Pays de Rennes, si comme pour les autres communes de grands pôles et couronnes de grands pôles, des élus choisissent un espace de loisirs ou de nature aménagé, ici certains le font en dehors du Pays, sur la côte du département. Rappelons que les habitants du Pays de Rennes se distinguent dans l’enquête par questionnaire par la part de ceux qui parlent d’un paysage de nature en dehors de leur Pays de résidence [4], également côtier la plupart du temps.

De l’observateur du paysage

Les élus cadrent le paysage (« une vue, on voit, vous avez, … » ) s’appuyant sur les objets lointains ou géographiques (« vasière, plaine, mer, rivière, baie, landes, falaise, bassin, colline, … » ), puis décrivent avec précision, et la plupart du temps sous forme anecdotique, des objets (« bateau, doris, herbe, salicorne, arbre, vaches, roche, schiste, flore, grève, moulin, pont … » ) ou des moments particuliers (« l’été, quand il ne fait pas beau, automne, 10 h du matin … » ) ; comme pour donner à voir le caractère exceptionnel de ce paysage (« imprenable, particulier, étonnant, remarquable, incroyable, formidable … » ).

Le paysage décrit est apprécié. Dans ce sens, il relève, la plupart du temps, d’éléments esthétiques (« joli, beau, beauté, magnifique, exceptionnel, scotchant … ») ou picturaux (succession de plans, « rouge, bleu, beige, ocre, vert, mille couleurs »).

« C’était un matin, c’était brumeux, on voyait le soleil qui apparaissait mais dans la brume, et on voyait monter la mer, et ça a fait comme une rivière. C’était en plein milieu de la Baie du Mont Saint-Michel. C’était ni plus ni moins au bord du port. » Elu communautaire

La composante affective est parfois forte, emprunte du discours amoureux (« je suis amoureux de mon coin, j’aime venir de ce côté là, j’ai quand même un attrait marqué pour … »). Là, rapidement, l’observateur devient objet du paysage. Ces élus décrivent leur position dans ce paysage ; le contexte de leur observation ou leur propre histoire pour expliquer le regard qu’ils posent ici (« marin, agriculteur, pêcheur, professeur, enfant avec mon grand-père … »).

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Image recueillie dans le cadre des entretiens auprès d’un élu communautaire


Aussi, aucun des paysages décrits n’est exempt de la présence humaine. Les élus considèrent également la composante pratique des paysages qu’ils décrivent (promenade, pêche, mobilité, exploitation, sports, loisirs, agriculture, tourisme). Le terme « habité » caractérise plusieurs des paysages décrits.
Il y a peu d’images où figurent des personnages. Essentiellement transmises par des élus du Pays de Saint-Malo, cette présence illustre les pratiques de loisirs de plein-air, l’activité nautique, la promenade. Elle soutient le rapport que les élus font entre le paysage et le tourisme. La facilité d’accès et la proximité de ces paysages ressort également.

« Sur l’Ille-et-Vilaine, pour moi, le paysage, c’est le sillon à Saint Malo. (…) Ce paysage n’est jamais le même, c’est-à-dire comme tout paysage, mais là il est violemment jamais le même (…) C’est très reposant, facile, c’est un espace facile. On a pas besoin d’escalader pour le voir, il est à portée de marche. (...) C’est un espace qui est très vaste ; on peut voir les bateaux, on peut voir les mouvements, on peut voir les feux d’artifices, on peut voir des régates, on peut voir tout un tas de trucs, on peut voir des concerts sur la plage, on peut voir.. . Et donc c’est ça qui est fascinant dans ce paysage parce que par exemple il fait très beau, il y a un monde fou, il commence à pleuvoir, quelques gouttes, et vous n’avez plus personne dans les cinq minutes qui suivent, et ça, c’est extraordinaire. Pour moi c’est extraordinaire. J’aime bien les paysages habités comme ça. » Elu communautaire

Néanmoins, interrogeant la place de l’Homme dans le paysage qu’il raconte, un élu marque la confusion persistante entre paysage et nature.

« On crée du paysage pas forcément que pour l’homme, mais l’Homme peut y trouver sa place tout en le respectant, en respectant les éléments, la biodiversité. L’Homme n’est qu’un élément. On est très éphémère, beaucoup plus que certains arbres et beaucoup plus que l’eau. » Elu communautaire

Le paysage, reflet de l’action environnementale des collectivités

Si la composante affective est présente dans la représentation du paysage décrit, il n’en reste pas moins que les élus soulignent, à travers l’image de paysage qu’ils choisissent de retenir, l’existence de particularités propres aux paysages de leur territoire, communautaire, voire communal. Ils considèrent ainsi des éléments de nature (« relief, roche, mer, sable, eau, arbre … »), des constructions qui ont façonné leur paysage (« bocage, canal, forêt »). Les paysages relèvent là de valeurs écologiques et identitaires que l’action des collectivités contribue à rendre plus visible et accessible (« préservation, restauration, aménagement urbain, valorisation économique, action culturelle,… »).

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Image recueillie dans le cadre des entretiens auprès d’un élu communautaire


Au-delà, d’autres paysages choisis de développement urbain récent interpellent ou interrogent les élus sur l’intégration paysagère ou la création de paysages.

Il est intéressant de noter qu’un élu retient une zone d’activité communautaire comme paysage, parlant d’intégration paysagère. Il considère là le seul paysage objet, ses composantes spatiales et pratiques.

La photographie, comme image de paysages

Les paysages décrits sont proches, relèvent d’une expérience personnelle. Néanmoins, plusieurs élus retiennent une photographie de paysage réalisée par un photographe. Ils observent que la photographie donne là à voir un cadre « exceptionnel », « particulier », « étrange », « étonnant » qui interroge, attire le regard ; elle révèle et invite à observer plus finement un paysage.

« Vous avez le marais, et là vous avez une flèche verticale, il y a une église qui est construite au milieu, on se demande ce qu’elle fait là d’ailleurs. (…) C’est des photos étonnantes, dans lesquelles on voit qu’il y a une rupture, … il n’y a pas d’intermédiaire entre la campagne et la ville. Il n’y a pas de faubourg. » Elu communautaire

« Je me souviens de l’image d’un photographe qui est Georges Dusseaux (…) On a un champ avec des vaches, il y a colza à côté, et on a des maisons, et les maisons sont là, les vaches sont là. (…) En voyant ça, vous ne pouviez pas dire, quel joli paysage, il y a trois vaches qui broutent à côté des maisons. Vous sentiez que les maisons arrivaient dans la campagne comme la marée, et qu’elles grignotaient. A un moment, ce n’était plus les vaches qui mangeaient l’herbe, mais c’était les maisons. (…) Je me suis dit, sa photo, c‘est ça ; comment mieux expliquer aux gens qu’on est en train de bouffer de l’espace agricole qu’avec cette photo ! Une photo, c’est très puissant, remarquable. » Elue communautaire

Des images qui illustrent la complexité de l’expertise liée au paysage

Les autres acteurs, interrogés en tant que professionnel ayant, de par leur métier ou leur implication associative, une réflexion particulière sur le paysage, ont choisi une image se rapportant à cette approche du paysage. Si la plupart font une analyse technique de ses composantes spatiales, il est intéressant de noter que chaque paysage décrit est mis en perspective, donnant à voir le lien entre les objets physiques et d’autres composantes du paysage. A travers l’analyse de ces images choisies, la particularité de chacune des approches donne à voir l’intérêt de leur combinaison pour une meilleure compréhension des paysages du département et de leurs évolutions.
Les photos sont prises par les personnes interviewées, à l’exception de celles transmises par les représentants des chambres consulaires (qui proviennent de leur service communication) et celle du Comité Départemental du Tourisme qui est celle d’un artiste photographe.

De la préservation de ressources naturelles à la composition de paysages

Si leur métier les conduit à s’attacher à un objet particulier du paysage, les acteurs rencontrés considèrent cet objet dans un cadre, spatial et temporel. Ils associent aussi une esthétique, des sensations ou états aux images choisies qu’ils décrivent. Ainsi, ils considèrent les paysages de façon complexe. Les acteurs environnementalistes (forestier, botaniste, naturaliste, …) les présentent ici de façon pédagogique.
Le responsable forestier (de l’antenne Ille-et-Vilaine du Centre Régional de la Propriété Foncière) retient les massifs de Paimpont et des Corbières, ainsi que la forêt de Chevré. Il observe là une « mosaïque intelligente » où, à côté des zones agricoles et des zones urbaines, la forêt a une part importante, sans toutefois fermer le paysage. Il estime que la forêt devrait prendre une part plus grande dans le paysage, afin de garantir une biodiversité. Aussi, il regrette des aménagements fonciers routiers qui réduisent des espaces forestiers. Il dit intégrer la dimension paysagère dans son travail de forestier, dans un souci d’équilibre de cette diversité paysagère.

« Pour moi, l’idéal c’est 50% peut-être d’agriculture, 25% de forêts parce que la forêt s’impose plus dans le paysage que l’agricole ; et puis le reste c’est le foncier bâti, les infrastructures… Pas non plus le timbre poste et le pointillisme, un petit îlot boisé d’un quart d’hectare, même si économiquement en plus ça ne tient pas la route, mais même paysagèrement c’est pas beau, ça fait tâche dans le paysage. » Acteur environnementaliste

Considérant cette mosaïque, il évoque l’appauvrissement du paysage agricole dont le sol a été artificialisé par le développement des cultures et le défrichement.
Le naturaliste (animateur d’Eau et Rivières en Bretagne) présente deux paysages, qu’il oppose, hésitant entre une vision positive et une vision négative. Dans une vision négative, il choisit une terre de cultures intensives. Il considère un cadre paysager à perte de vue  ; étendue qu’il renforce en évoquant son observation de photos aériennes. Il relève l’évolution de ce paysage, en comparant des prises de vue dans le temps et en rapportant les propos d’anciens. Il retient ses sensations de monotonie extrême, de mort, parle d’odeurs (de pesticides, de lisiers).

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Image recueillie dans le cadre des entretiens auprès d’un autre acteur du paysage


Il oppose ce paysage, à celui d’une prairie. Il localise précisément cette prairie dans la vallée de la Vilaine, au niveau de Lassy, alors qu’il situe le premier paysage dans le bassin de la Seiche et l’étend à d’autres endroits de la périphérie de Rennes.

Il parle, pour le paysage de la prairie, de composantes spatiales (la végétation et la roche) et identitaires (localisation, appropriation). Ce paysage, qui le rapproche de souvenirs d’enfance, relève également de composantes affectives ; il raconte des émotions et des sensations, notamment de toucher. L’expression des sensations physiques semble aussi liée au travail qu’il réalise aujourd’hui avec des enfants. La composante appréciative est, bien sûr, présente, considérant la diversité biologique du paysage choisi. Le naturaliste interroge cependant son devenir ; protégé de l’agriculture intensive parce qu’il est difficilement accessible, il lui paraît menacé par de gros ouvrages pour répondre au besoin à venir en eau.

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Si le botaniste, auteur de l’Atlas de la Flore de l’Ille-et-Vilaine, retient un paysage où la flore, composée notamment d’orchidées, est « assez intéressante », il insiste sur la diversité de sa composition ; une diversité qu’il lie aux composantes spatiales, appréciatives et identitaires de ce paysage. Il considère trois zones : les espaces boisés, les zones humides et l’étang, les prairies, dont il souligne la continuité et la densité. Il parle de « bonne image du paysage », considérant sa dimension écologique et esthétique. Il rapproche également ce paysage de l’enfance. Il cite le lieu de ce paysage, à l’étang de Careil.

Le représentant de l’association l’Arbre Indispensable retient l’image d’une haie, qu’il considère comme représentative des linéaires du département. Il présente un diagnostic pour chacun des arbres qui la compose. Il ne considère pas les autres objets présents ; mais il raconte l’histoire de cette haie, bordant jadis la propriété d’un manoir, qui vient tout juste d’être « entretenue ». Il oppose l’appréciation commune (pour « beaucoup de gens ») d’une « haie très belle », à un « mauvais état » qu’il explique par l’absence de relève pour une partie des arbres très vieux et la taille inadaptée d’une autre partie.
En effet, plusieurs arbres âgés auraient dû être coupés pour servir de bois d’œuvre et laisser les jeunes pousses grandir pour assurer une relève aujourd’hui absente dans ce bocage. D’autres arbres plus jeunes ont désormais un « gros tire-sève » pour « reformer une tête » ; cette forme apparaît inadaptée pour les arbres de bocage dont le système racinaire profond et peu large souffre de cette nouvelle esthétique.

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Il apprécie aussi la conservation d’un gros châtaignier dont les fruits assurent la production de jeunes pousses et attirent les ramasseurs de châtaignes. Au-delà des multiples usages et apports du bocage, il constate la difficulté à régénérer ces haies où il manque des classes d’âge.
Le coordonnateur du programme Breizh Bocage au sein de la Direction Régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt (DRAAF) choisit une haie restaurée illustrant l’action de Breizh Bocage et « le cœur de son métier ». Le cadre choisi permet de détailler la restauration de la haie, il offre aussi une esthétique décrite par l’aspect ancien et noueux du tronc des vieux châtaigniers. Le photographe élargit ce plan pour faire comprendre le rôle protecteur de la haie pour le bétail et la qualité de l’eau ; ce talus érodé se trouve en limite d’une pente, avec en amont un champ cultivé, en aval une prairie pâturée, au bas de laquelle coule une rivière. A proximité d’un espace boisé plus dense, elle assure également une continuité écologique. Aussi, il retient un rôle qu’il qualifie de « très fort » dans le paysage. Il explique ensuite la restauration du talus et le maintien de filets de plastiques et de clôtures électriques pour protéger le talus restauré des chevreuils et des bovins. Ce paysage renvoie aussi à l’action commune des élus et des agriculteurs ; elle donne à voir la politique publique.

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De la construction de sens dans l’espace public résidentiel

Les acteurs de l’aménagement urbain rencontrés retiennent des espaces urbains résidentiels dont ils considèrent l’évolution récente, liée à l’urbanisme. Ils ne parlent pas d’éléments de nature dans leur description, s’intéressant aux éléments bâtis et aux comportements ou représentations sociales qu’ils y associent. Il est intéressant de noter ici qu’en recherche d’un paysage, ces deux architectes considèrent l’espace public en lien avec l’espace privé. Mais ils retiennent deux cadres et orientations bien différentes. Le premier s’appuie sur les formes préexistantes locales pour créer une continuité urbaine dans un petit pôle, le second sur des formes inspirées de destination de vacances pour rompre avec l’urbanisation existante d’un grand pôle.
Ainsi, le premier architecte choisit un lotissement communal à Dol-de-Bretagne dont il rapporte l’histoire de la construction pour évoquer la place des acteurs de l’urbanisation et l’importance d’un outil réglementaire adapté pour, entre autre, créer du paysage. Il raconte sa position d’architecte-conseil à l’époque, la demande du maire d’un lotissement intégré (participant de la continuité urbaine et d’un esprit de hameau), et le cadre protégé du secteur par l’Architecte des Bâtiments de France. Il utilise des termes techniques, s’inquiète du règlement, dans un souci de grande liberté de fonctionnement. Ainsi, il rapproche l’urbanisme de la ville, multiple et émancipée.

« Le PLU de l’époque disait toutes les maisons, toutes les acrotères des maisons seront à la même auteur, à 60 cm près. Et alors là, je suis sorti sur le balcon de l’Hôtel de ville, en disant : « Regardez en bas, sur le début de la rue… Monsieur le Maire, excusez-moi l’expression, mais c’est un joyeux bordel très agréable à voir. » (…) Surtout ne pas, dans un paysage du Moyen Age, ne pas mettre des règles qui, petit à petit, vont détourner cela pour amener une uniformité… réglementaire ! » Acteur aménagement

La représentante de l’ADO 35 (Association Départementale des Organismes de l’Habitat d’Ille-et-Vilaine) choisit l’espace semi-public d’un quartier récent de logements sociaux pour évoquer l’approche paysagère de ces espaces. Elle souligne un paysage qui donne à voir ce que l’on n’imagine pas ici. Elle considère le cœur d’îlot, composé de ruelles et de placettes, comme un dépaysement ; parce qu’il renvoie à des paysages de vacances. Elle oppose la création d’un espace semi-privé, propre aux habitants et partagé, à l’espace public plus austère. Elle retient un cadre temporel et spatial ; parlant de l’occasion d’une promenade urbaine organisée pour faire découvrir ce quartier. Ainsi, la quiétude de la promenade entre dans la ville, où la marche est habituellement un mode de déplacements. Elle évoque une lumière particulière à cette journée ensoleillée qui accentue ces sensations.

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Un paysage reflet de la dynamique économique

Plus que des paysages, les acteurs économiques retiennent des images pour représenter la dynamique de leur secteur d’activités.

Le représentant de la Chambre d’Agriculture retient un paysage rural qui lui paraît à l’image de l’Ille-et-Vilaine, où plusieurs objets relèvent de « symboliques ». Il décrit un village, dont l’histoire est rapportée par son clocher, sa modernité par le château d‘eau et les lignes électriques, et sa dynamique par les lotissements récents que l’on devine à partir de toits. Il y associe bien sûr l’agriculture, en tant qu’activité économique, et explique le caractère raisonné de l’agriculture présentée ici ; avec une diversité de production (laitière et cultures), une diversité d’assolement, un suivi de l’alimentation des vaches, fonction de leur production. Il considère la présence de l’eau, qui caractérise l’implantation des villages du département, le long des cours d’eau. Il lit cette présence à partir du relief et de la bande enherbée qui, désormais, longe de façon réglementaire les cours d’eau. Il relève également la présence de têtards, chênes émondés, également typiques du département et considère la forme éparse de la haie comme une évolution récente de son exploitation. Il conclut à une exploitation agricole intégrée, dont les bâtiments verts ne dénotent pas de ce qui les entoure.
Il insiste sur les éléments représentant la modernité qu’il rapproche du confort ; des humains (le château d’eau « pour l’eau au robinet », les lignes électriques « pour l’éclairage de tous et tous les jours ») et des vaches (leur « collier électronique renseigne » sur leurs besoins alimentaires). Il s’étonne des moyens mis en place pour gommer ces marqueurs dans le paysage. Il regrette la facilité avec laquelle il sent que l’on se tourne vers l’agriculture pour supporter ces contraintes paysagères sans reconnaître ses efforts pour y répondre.

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La directrice du Comité Départemental du Tourisme a choisi une photo d’un photographe amateur (qui concourt à l’alimentation du blog du CDT). Il aime à travailler les couleurs, et donne ainsi à voir, dans ce paysage de la forêt de Paimpont, le caractère légendaire qui lui est dorénavant associé. Elle décrit la multitude des couleurs, un éclairage particulier, qui éclaire de façon magique cette forêt par ailleurs juste décrite à partir de sa couleur, verte. La lumière du ciel qui transperce cette masse boisée lui évoque une impression d’étendue.

« Voilà, la magie des ciels, des couleurs, les éclairages, le mystère… On est vraiment dans le vert. Pour autant, on a vraiment l’impression que cette forêt est habitée. » Acteur économique

Le président de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat admet avoir choisi une image de communication de la Chambre, plutôt qu’une image personnelle. Il retient une scène de marché, au cœur de l’allée centrale d’une halle couverte, les clients s’arrêtent aux stands lumineux et multicolores. Il trouve là le « vrai plaisir du consommateur ». Il propose également une photo de la Faculté des Métiers de Ker Lann. Bien qu’il explique vouloir ainsi parler du pôle formation de la Chambre, il relève que le campus est « très joli », de par ses espaces verts.
Le président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Saint-Malo – Fougères considère ne pas suffisamment connaître l’ensemble du département pour choisir un paysage de l’Ille-et-Vilaine. Par contre, natif de Saint-Malo, il connaît bien celui des remparts intramuros qu’il choisit. Cette photo vue du ciel montre les remparts et la ville dense à l’intérieur, qui s’avancent sur la mer ; un peu plus loin, on distingue le port de Saint-Malo où se trouve le siège de la Chambre de Commerce et d’Industrie. Il qualifie ce paysage urbain littoral préservé, puis restauré, d’extraordinaire, d’exceptionnel. Il le place au-delà de la ville.

« C’est le bijou de toute la côte du nord. (…) L’intramuros représente quelque chose d’exceptionnel : des remparts qui sont restés en place, des remparts qui datent de, de… Vauban et d’avant et qui sont toujours en place parce qu’ils ont eu la chance de ne pas être détruits pendant la guerre, et tout l’intérieur qui a été reconstruit. » Acteur économique

La valorisation des espaces de nature dans les pratiques de plein-air

Les acteurs sportifs et culturels considèrent des paysages qui enrichissent les pratiques physiques par l’inscription de l’individu ou du groupe dans un rapport à l’espace et au temps.

La vice-présidente du Comité Départemental de Randonnée Pédestre, en charge de la commission Sentier s’occupe, entre autre, du Topo Guide. Photographe, elle ne parvient pas à choisir dans une série de neuf photos qu’elle a retenues. Elle évoque chaque paysage en les identifiant (elle les nomme et les localise) et en en relevant des objets détails particuliers (végétation, roche, bâti remarquable, bateau). Elle garde un œil photographique et parle d’angles et de conditions de prises de vue.
Elle retient finalement une photo de la vallée de la Vilaine, pour donner à voir une autre partie du département que son littoral, dit-elle. Elle en commente les composantes pratiques  ; ce paysage invite à une découverte à pied, en bateau, en train, avec différents lieux d’étape, de ce secteur vallonné, le long de la Vilaine.

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Considérant une ambiance de sa pratique cycliste, le président de la Fédération Française de Cyclotourisme de l’Ille-et-Vilaine (entre deux voyages professionnels) compose un paysage, avec au premier plan une prairie, avec quelques vaches normandes, un bocage et une forêt derrière, aux alentours de Paimpont. Il imagine un peu de brouillard. Il explique que ce sont des objets de paysage qu’il aime bien.

La chorégraphe, membre de Figure Project et co-fondatrice du Festival Extension Sauvage dont le thème était, en 2012, Danse et Paysages, raconte la proposition d’arpenter les jardins du Château de la Ballue à Bazouges-La-Pérouse, guider par différentes pièces chorégraphiques. Elle précise que, depuis les années 1920, de nombreux chorégraphes se sont intéressés à la danse dans des espaces de nature. Elle considère ici le jardin comme un espace construit, expression d’un rapport sensible au temps et à l’espace. Elle s’est ici intéressée à déployer, au-delà de la partition écrite du jardin, le champ des perceptions du spectateur qui découvre une œuvre chorégraphique et paysagère.

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Image recueillie dans le cadre des entretiens auprès d’un autre acteur du paysage

[1] Les élus communautaires et autres acteurs interviewés sont présentés dans « Eléments de méthode et échantillon » de Entretiens d’acteurs pour une étude des perceptions et représentations ». Pour l’analyse des images transmises, nous avons considéré les autres acteurs des collectivités (représentant l’Association CŒUR Emeraude et l’E.P.F.R.) avec les autres élus, étant donné la double casquette de ces élus et une image de paysage dont les caractéristiques les rapprochaient de ce groupe d’acteurs.

[2] Voir dans les documents complémentaires du présent Atlas : « Une enquête par questionnaire pour une étude des perceptions et représentations sociales des paysages de l’Ille-et-Vilaine »

[3] Voir Principaux éléments issus de l’analyse des entretiens des élus et autres acteurs du paysage.

[4] Voir article Regards d’habitants sur les paysages de l’Ille-et-Vilaine – Principaux résultats de l’enquête par questionnaire.