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Le bassin de Rennes et le leitmotiv « briovérien »

Un substrat géologique peu visible et inconstant

Le bassin de Rennes [1] fait partie du vaste plateau de Bretagne centrale qui s’étend depuis Pontivy à l’ouest et dans le département de la Mayenne à l’est. Il est constitué d’un vieux socle d’âge Briovérien (environ 600 millions d’années) constitué majoritairement de schistes.

Ce substrat est une des clefs de compréhension des paysages d’Ille-et-Vilaine, mais une clef complexe. Largement majoritaire dans le bassin de Rennes, il est présent aussi dans les autres secteurs en alternance avec d’autres formations aux propriétés différentes. Or, malgré une extension et une épaisseur considérables (souvent plusieurs centaines de mètres), ce substrat est à la fois peu visible et inconstant.

Peu visible, car s’il n’a guère été recouvert par d’autres formations durant les périodes géologiques qui ont suivi sa mise en place, il a lui-même été altéré (par infiltration, formation de sols) sur des épaisseurs qui peuvent atteindre 50 mètres, si bien que la roche d’origine n’existe que loin de la surface. Peu visible aussi par la fréquence des dépôts de limons éoliens quaternaires qui le recouvrent fréquemment et sur lesquels d’autres sols se sont développés.

Inconstant car, de son origine sédimentaire, ce Briovérien n’a gardé que quelques souvenirs. Issues des débris d’une montagne surgie au Précambrien (cycle cadomien), les différentes couches qui le composent ont été déformées et remaniées par la suite, notamment lors de l’orogénèse hercynienne. Il en résulte une succession irrégulière et imprévisible où dominent les schistes, mais où s’intercalent des grès, des conglomérats et de nombreux faciès dont on connaît mal, faute d’affleurements, la répartition.

En conséquence, le relief des terrains à substrat briovérien, caractérisé par une succession de collines et de vallées généralement peu marquées a donc souvent un aspect peu ordonné. La part des variations de roche et celle des dynamiques d’érosion ne se comprend pas d’un simple regard.

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Le Bassin de Rennes entre Argentré-du-Plessis et Gennes-sur-Seiche
La route rectiligne profite ici du relief exceptionnellement plat de cette zone de schistes briovériens profondément altérés.
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Reliefs ondulés entre Bréal-sous-Vitré et Mondevert
Vers les bords nord-est du bassin de Rennes, les déformations qui affectent le socle (plissements, failles) donnent une certaine vigueur aux reliefs.

C’est ce système de relief briovérien aux variations relativement imprévisibles qui caractérise une part importante du paysage des campagnes. Lorsque les formations sont plutôt gréseuses, les altitudes sont souvent un peu plus hautes, les reliefs plus creusés. En présence de facies plus argileux (schistes), les altitudes sont moindres.

Lorsqu’on traverse l’Ille-et-Vilaine, cela se traduit en général par des successions d’ambiances homogènes sur quelques kilomètres, puis qui se modifient légèrement, devenant plus ondulantes ici ou plus plates un peu plus loin, sans grande modification des composantes rurales.

A l’ouest de Rennes, le socle altéré et les larges dépôts de limons qui le recouvrent tendent à former un plateau assez homogène incisé par des vallées (Flumet, Meu et leurs affluents).

Plus à l’est, des roches dures d’extension restreinte (filon de quartz, conglomérats) ont permis à l’érosion différentielle de sculpter des formes un peu plus marquées. Le paysage s’en trouve plus animé à défaut d’apparaître plus ordonné.

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La vallée du Meu près de Boisgervilly, vue vers le sud
La vallée assez ample mais faiblement creusée est visuellement mise en valeur par les hauteurs du massif de Paimpont-Brocéliande à l’arrière-plan.
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La vallée du Meu près de Montfort-sur-Meu, vue vers le nord
Comme sur la vue précédente, l’arrière plan (ici les collines de Bécherel) renforce l’effet de relief.

Car en général, le socle n’étant lui-même pas homogène, sa surface est le plus souvent ondulante. Aussi, les formations géologiques complémentaires qui apparaissent çà et là (dépôts particuliers, filons, etc.) ont une expression paysagère atténuée. Ainsi, les filons de quartz et autres roches résistantes insérés dans le substrat briovérien n’ont qu’un modeste effet sur les reliefs. De même, les parties les plus encaissées du bassin, autour de Saint-Jacques-de-la-Lande et le Rheu conservent les traces d’une sédimentation marine cénozoïque (tertiaire) constituée de sables carbonatés riches en coquilles (faluns d’âge Miocène) ou de sables rouges (Pliocène). Exceptionnelles du point de vue géologique par rapport au reste des plateaux qui n’offrent pratiquement pas de trace de sédimentation marine pendant plusieurs centaines de millions d’années, leur traduction paysagère est limitée, principalement liée à leur exploitation sous forme de carrières aux portes de l’agglomération de Rennes.

Ce caractère peu ordonné des reliefs du bassin de Rennes fortement ressenti pas l’observateur, est accentué par le fait qu’ils coïncident peu avec les changements des autres composantes paysagères (végétation, agriculture, bocage), dont la variété semble dépendre d’autres facteurs.

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Rennes depuis les hauteurs de Laillé sur la N137
A une quinzaine de kilomètres de Rennes, la ville est visible depuis les versants qui referment le bassin de Rennes. Les bâtiments donnent l’échelle des reliefs, amplifiés ici par les arbres situés sur les hauteurs.

Rareté et valeur des formes vives et des affleurements rocheux

L’importante épaisseur des formations altérées de surface explique en partie la douceur des ondulations des plateaux et la rareté (sauf sur le littoral) des affleurements rocheux. Ces affleurements prennent alors une valeur particulière dans le paysage, lorsqu’ils se présentent sur les versants de certaines vallées encaissées ou, plus rarement, au sommet ou au bord des collines.

La roche visible témoigne alors ponctuellement des caractères du massif ancien, soit parce que ces affleurements prennent les couleurs sombres des schistes ou tachetés des granites, soit que des affleurements de barres de grès suggèrent la présence d’un solide massif sous-jacent, alors que l’essentiel du sous-sol est composé de ses débris, vieux, remaniés ou récents.

Parfois des blocs de grès apparaissant en surface des champs (« pierres volantes ») et contribuent aussi à rappeler l’existence même de ces roches compactes pourtant si peu visibles.

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La Chambre au Loup, ruisseau de Boutavent, sud d’Iffendic
Ce type de versant raide avec affleurements rocheux est assez exceptionnel sur le territoire d’Ille-et-Vilaine. Il apparaît ici dans les formations gréseuses entre les hauteurs de Paimpont et de Montfort, dans un contexte plissé et faillé particulier.

Vallées et canaux, cluses, méandres et terrasses

Diversité des formes de vallées

Contraint par les grandes structures géologiques, le réseau hydrographique tend à privilégier deux orientations principales : une orientation NO-SE qui correspond à l’axe des principaux accidents tectoniques, et une orientation plutôt nord-sud déterminée par la pente générale du socle. Dans le premier cas, les vallées s’inscrivent dans les ondulations résultant des plissements et ont des formes plutôt larges et régulières. C’est le cas de la Vilaine en amont de Rennes mais aussi de ses principaux affluents (Meu, Seiche, Semnon, Chère…). Dans le second, les rivières doivent traverser les déformations géologiques et les vallées ont donc des formes beaucoup plus variables. Comme la longue vallée nord-sud que forment successivement l’Ille et la Vilaine, elles alternent passages encaissés et élargis, avec ses formes de cluses, de méandres et de plaines alluviales. Ou comme aussi les fleuves côtiers, Rance et Couesnon principalement, dont des vallées offrent également une succession de reliefs diversifiés.

Dans quelques secteurs, les dépôts alluviaux sont importants et les vallées prennent l’allure de plaines assez larges. Il en est ainsi de la Vilaine et du Meu au sud de Rennes où de nombreuses gravières ont été creusées, mais plus encore vers Redon, où la Vilaine a créé une large plaine alluviale qui forme un paysage plat particulier, en partie occupé par des marais. De même, au nord, le Couesnon vient se perdre dans la vaste étendue plate de la baie du Mont Saint-Michel où se mêlent les alluvions fluviales et marines.

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La plaine et la baie du Mont Saint-Michel depuis le mont Dol
Dans le prolongement de la baie, la plaine alluviale maintenue hors d’eau par les digues forme un paysage agricole très plat, un relief strict que n’offrent jamais les plateaux du département.

A un niveau plus fin, le réseau dense des petits cours d’eau s’insinue dans le paysage sans être vraiment visible. Les vallées sont souvent peu profondes et les rivières elles-mêmes cachées par une végétation arborée qui se confond avec le bocage.

Du réseau naturel à celui des canaux

Le Couesnon et les petits fleuves côtiers qui se jettent dans la baie ont en commun d’avoir connu des tracés variés tant dans l’actuel estran que dans la zone des marais. Après avoir eu des cours variables au gré des aléas climatiques et météorologiques pendant la phase de formation de la baie (Quaternaire), ils ont été canalisés à l’époque historique, parfois selon des chemins successifs différents. Il ressort de cette confusion entre canaux et chenaux naturels une complexité du réseau littoral qu’on ressent sur l’ensemble du secteur des marais et de la baie. Cette histoire se poursuit avec les grands travaux actuels pour la valorisation du mont Saint-Michel.

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Canaux des marais de Dol en été
Malgré la faible hauteur d’eau dans les canaux en été et la présence de chaumes, les prairies et les peupleraies ainsi que la digue qui porte la route rappellent en toute saison le caractère inondable du marais.

La vallée navigable Manche-Atlantique que constitue le Canal d’Ille et Rance est un autre trait du paysage des vallées d’Ille-et-Vilaine. Malgré ses modestes capacités, cette traversée navigable nord-sud présente l’intérêt de recouper les grands ensembles de paysages du département.
Créé au XIXe siècle, il résulte de la canalisation des cours d’eau eux-mêmes pour en permettre la navigation et, surtout, de la construction du canal de jonction entre l’Ille et la Rance, entre Montreuil-sur-Ille et Evran (dans les côtes d’Armor). Dans sa partie la plus haute, l’ouvrage, qui suit les modestes vallées du Linon et du Donac, est alimenté en eau par un réseau de « rigoles » et de retenues (étang du Boulet) dont la présence est une des caractéristiques des environs de Dingé.

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Le canal de jonction entre la Rance et l’Ille aux Cours-Gallais (Montreuil-sur-Ille)
Entre Tinténiac et Montreuil-sur-Ille, l’hydrographie contrôlée des rigoles et des étangs amène l’eau vers le canal de jonction qui forme ainsi le principal « cours d’eau » des environs.

Lacs et étangs

La présence d’étangs de retenues ne se limite pas à la vallée supérieure de l’Ille. Les pièces d’eau d’une surface de quelques ha à quelques dizaines d’ha sont nombreuses. La plupart sont artificielles, créées pour la régulation des cours d’eau, l’irrigation, la pêche, le tourisme…

Dans le contexte bocager souvent répétitif, leur présence est un élément important comme l’attestent les nombreuses représentations dont ils ont fait l’objet sur les cartes postales du XXe siècle.

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Etang sur les anciennes carrières de Lormandière à Chartres-de-Bretagne et vestiges des fours à chaux
Abandonnée au milieu du XXe siècle, l’exploitation des rares gisements de roche calcaire du département avait provoqué d’importantes excavations aujourd’hui masquées par leur mise en eau. Comme un grand nombre de pièces d’eau du département, celle-ci est aujourd’hui valorisée.
Les restes des derniers fours à chaux visibles à proximité rappellent cette activité, aujourd’hui disparue, d’extraction et de transformation des roches destinée à l’utilisation agricole.

 

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Carte du réseau hydrographique et des principaux plans d’eau
Sensible à la perméabilité des roches, la densité du réseau s’accroît vers les hauteurs granitiques, en particulier au NE, vers le Coglais. En revanche elle est moindre au centre du bassin de Rennes où l’altération des roches les rend perméables sur de plus grandes épaisseurs.
Les principaux plans d’eau sont des retenues situées vers l’amont des cours d’eau ou dans les plaines alluviales où ils correspondent le plus souvent à d’anciennes carrières.


[1] Le terme de bassin de Rennes est parfois employé pour évoquer le site de l’agglomération rennaise ou le bassin de vie correspondant. Il peut également désigner le bassin cénozoïque de Chartes-de-Bretagne. Nous l’utilisons ici dans un sens géomorphologique qui correspond à un espace plus vaste (bassin paléozoïque ou briovérien). Cette dénomination est courante bien qu’il ne s’agisse à proprement parler ni d’un bassin sédimentaire ni d’une simple dépression.