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Premiers retours à l’issue de la présentation de l’état des lieux des paysages de l’Ille-et-Vilaine

Ce résumé rapporte les principales remarques des participants ayant participé aux sept ateliers « Définition des enjeux » dans le cadre de l’élaboration du présent Atlas des paysages. Après la présentation d’étape du contenu de l’Atlas, des éléments de diagnostic et de dynamiques des paysages, ils ont été invités à réagir à l’état des lieux proposé.

L’outil Atlas des paysages de l’Ille-et-Vilaine

La définition des paysages de la Convention Européenne des Paysages de 2000 et son développement éclaire la distinction entre paysage et environnement, et la considération des habitants, en tant qu’observateurs. Elle renvoie au regard de chacun sur ce qui l’environne.

Si les participants [1] s’intéressaient au préalable aux composantes spatiales des paysages, peu avaient envisagé les représentations sociales comme déterminant des paysages et de l’action en termes de paysages. Néanmoins, plusieurs interrogent la perception des habitants du cadre environnemental de leur habitat ou des actions et politique de préservation de paysages.

Attentifs aux résultats de l’enquête sociologique, certains questionnent la représentativité de l’échantillon au vu du mode de passation du questionnaire, d’autres proposent d’autres acteurs à interviewer. Le choix de la série de photos étonne parce qu’elle ne présente pas la diversité spatiale de l’Ille-et-Vilaine mais bien la diversité des paysages, tels que perçus par les acteurs du paysage, interviewés en amont de l’élaboration du questionnaire. L’approche sociologique a ici pour but de comprendre les représentations sociales des paysages.

Les participants retiennent un travail conséquent, riche, qu’ils sont curieux de découvrir et d’approfondir.

Abordant la réflexion sur les paysages, plusieurs personnes remarquent son actualité. Des études paysagères et études environnementales considérant le paysage sont citées ; en premier lieu les différents SCoT, où le traitement des paysages est différencié selon les Pays. Certains observent que les propos au cours de l’atelier croisent ceux d’autres réunions récentes auxquelles ils ont participé (valorisation du bois-énergie, plan de gestion du bocage, gestion des bassins versants, charte paysage, plus rarement PLU).

Considérant l’exposé des intervenants, les participants soulignent qu’ils attendent de l’Atlas des paysages des clés de lecture des paysages existants, des composantes d’un paysage en évolution, des déterminants d’un paysage à construire. Aussi, ils s’intéressent aux déterminants « invariants » par unité de paysage. Il leur semble important d’expliquer les évolutions possibles (« acceptables en termes de paysage ») au sein de chaque unité. Ils souhaitent que soient aussi traités les paysages fragilisés, que soient montrés les motifs de fragilisation, et identifiés les paysages particulièrement sensibles.

A la veille de la révision des SCoT, leurs représentants reconnaissent l’intérêt de conforter, approfondir et actualiser, à travers l’Atlas des paysages, l’analyse des paysages à l’échelle des Pays. La mise en ligne en mars prochain de l’ensemble du document correspondrait à leurs calendriers d’élaboration.

Si les représentants du Conseil Général soulignent que l’Atlas des paysages est un document qui n’est pas opposable, les collectivités rencontrées marquent leur intérêt d’un document qui guide la question des paysages.
L’échelle départementale semble pertinente pour mieux comprendre les recommandations paysagères et considérer son propre projet dans son implication paysagère. Elle est intéressante dès lors que s’exerce une cohérence entre les échelles supra et infra départementales. Aussi, les techniciens et les élus espèrent des données cartographiques exploitables par les Pays et les communes. Un poster de l’Atlas des paysages de l’Ille-et-Vilaine les intéresse si sa carte peut être rapprochée de chaque Pays.

La présentation d’étape de l’Atlas révèle une véritable démarche et un outil de sensibilisation au paysage. Ces derniers mériteraient d’être démultipliés à l’échelle des communautés de communes et des communes. Pour le moment, les acteurs rencontrés considèrent qu’ils ont une capacité d’action sur l’environnement, moins sur les regards portés par les habitants à leur environnement. Aussi, au-delà de la mise en ligne de l’Atlas, ils invitent à une communication large (exposition, atelier) afin de sensibiliser les acteurs et les habitants au paysage pour mieux le considérer dans leurs projets.
Le Conseil Général précise que le support de l’Atlas est interactif et se veut un outil dynamique, adapté à l’évolution du paysage et de ses enjeux. Par ailleurs, il souhaite poursuivre la concertation pour travailler, en 2014, sur les pistes d’action. Enfin, si elle n’est pas prévue, une exposition est une bonne suggestion.

Les paysages présents en Ille-et-Vilaine

A la suite de la présentation des principaux éléments issus de l’analyse sociologique, les participants relèvent la prédominance des éléments de nature dans la lecture qu’en font ses habitants des paysages de l’Ille-et-Vilaine. Ils considèrent qu’elle est liée à l’importance des espaces agricoles sur le territoire, mais également à la permanence de l’eau et du végétal, associés au temps : temps des loisirs à proximité des canaux ou de la mer, temps qui passe à travers les couleurs des saisons.

Plus souvent visibles au-delà des agglomérations, ils soulignent alors l’importance des liaisons (routes, voies ferrées, chemins) et des limites de l’urbanisation (périphérie des agglomérations, entrées de ville). Aussi, c’est dans la mobilité qu’ils leur semblent que l’on peut le plus souvent être en présence de paysages.

Pourtant, le peu de paysages urbains (des zones d’habitat, zones industrielles, zones d’activités, infrastructures) dans les représentations sociales rapportées étonnent les participants. Quelques-uns l’expliquent par la sous-représentation, d’autres par la surreprésentation, des urbains, qui fait que l’on admire « la nature » (comme proche ou ailleurs). L’échantillon est cependant représentatif de la répartition urbain / rural de la population sur le territoire départemental.

Certains sont gênés que la notion de paysage renvoie à une vision positive de l’environnement. La plupart interrogent la manière de rendre ainsi compte de ce qui nous gène, de ce que l’on ne veut pas voir, et des enjeux de paysages.

Les grands caractères des paysages de l’Ille-et-Vilaine sont reconnus et peu discutés lors de leur présentation par le paysagiste. La prise en compte de l’environnement urbain en tant que paysage apparaît indispensable, même s’il ne ressort pas en tant que paysage perçu dans l’enquête auprès des habitants.

Les participants relèvent une similitude entre les limites des unités de paysage et les limites de bassins versants. Au-delà des reliefs, ils perçoivent une continuité des paysages, puis des séquences, à partir des cours d’eau. Certains ne voient pas la distinction que suppose le découpage par unité entre l’est et l’ouest des rives de la Vilaine. Ils reconnaissent les difficultés de cet exercice, mais observent son intérêt, notamment en rapport avec les échelles administratives de réflexion et d’actions.
Des environnementalistes suggèrent une approche par milieu (la forêt, le marais, …).

Les unités de paysage décrites à l’oral par Michel Collin ne sont pas discutées. La plupart des participants soulignent des particularités qu’ils identifient comme propres à leur Pays. Ceux du Pays de Redon et Vilaine et du Pays des Vallons de Vilaine mettent la Vilaine au centre de la lecture du paysage ; les premiers parlent aussi de l’importance des marais, les seconds soulignent une attractivité de leur territoire qu’ils lient à la qualité des paysages, et s’inquiètent de résistances à le voir changer.
Les participants du Pays de Vitré–Porte de Bretagne considèrent des horizons lointains, soutenus par la colline du Tertre au sud du territoire. Certains soulignent la présence des étangs et du barrage de Cantache. Si le nord est plus diversifié, c’est sur la route qui en dessine la limite que s’attarde l’observation du paysage. Principale voie d’entrée sur le département et la région, la RN 157 a tôt fait l’objet d’une étude paysagère et aujourd’hui d’une Charte paysagère.
Ceux du Pays de Saint-Malo mettent en avant la diversité du paysage rétrolittoral et de l’arrière-pays ; au-delà de la richesse des paysages côtiers. Une personne souligne la particularité de ces derniers ; traditionnellement ouverts, peu bocagers par rapport au reste du département, ils tendent à se fermer avec l’apparition de haies liée à la multiplication de petites parcelles à usage privé individuel.
Les participants du Pays de Fougères attirent l’attention sur les noms d’unités en rapport avec les communes (les collines de Saint-Aubin d’Aubigné en partie sur Saint-Aubin-du-Cormier et le Pays de Fougères, le plateau du Coglais qui s’étend jusqu’aux limites de la Manche et de la Mayenne). Ils observent la particularité de leur territoire, dans l’importance des communes multipolarisées et ainsi le peu d’impact de la périurbanisation à propos de l’agriculture.

Ceux du Pays de Rennes soulignent l’importance des éléments de relief dans le dessin du paysage territorial. Les participants du Pays de Brocéliande abordent en particulier l’arbre, le bocage et la forêt.

Dynamiques des paysages de l’Ille-et-Vilaine

Les dynamiques de paysage rapportées sont issues de l’analyse sociologique des entretiens, de l’enquête par questionnaire et du recueil d’images. Elles sont collectivement commentées avant la réflexion individuelle sur les enjeux de paysages.

Si l’accélération des changements environnementaux sensibilise à la fragilisation des paysages, les participants admettent que le paysage reste une préoccupation secondaire, souvent considéré comme le résultat de l’activité de la société. Fréquemment associé aux éléments de nature, il se rapproche des questions environnementales actuelles, principalement liées à l’écologie. Au-delà, certains remarquent qu’une lecture collective de notre environnement contemporain fait défaut, alors que les paysages sont discutés dans des projets de développement territoriaux.

Considérant la dynamique de protection et la valorisation de la naturalité des paysages, les élus présents soulignent l’importance de l’action des collectivités en la matière. Ils estiment que la qualité des paysages rejoint la qualité environnementale, et nécessite du temps. Ils regrettent que les particuliers se débarrassent trop rapidement de cette préoccupation. Les moyens de l’entretien des paysages de nature apparaissent déterminant de leur maintien. Aussi, certains s’inquiètent d’une réglementation qui fige l’exploitation des ressources agro-naturelles. D’autres observent l’évolution de ces paysages qu’ils expliquent par l’évolution des outils de production, mais aussi l’évolution des besoins et des pratiques de consommation. L’importance de l’arbre dans les paysages de l’Ille-et-Vilaine est soulignée ; les participants le considèrent au centre des paysages de nature à venir, notamment avec le développement du bois-énergie.

L’espace agricole couvre la plus grande superficie du territoire. Si l’agriculture intensive le dessine (avec quelques nuances), l’importance du paysage agricole est emprunt d’une image ancienne et patrimoniale de l’agriculture. Sa pérennisation participe de l’activité économique ; elle nécessite de privilégier des produits de consommation et des modes de production. Le développement périurbain influence également l’évolution du paysage agricole ; par la proximité d’un marché local qui permet le développement de circuits courts, mais aussi par les contraintes liées au rapprochement des activités agricoles et résidentielles. Les représentants des exploitants agricoles interrogent la visibilité des actions récentes, liées aux mesures agroenvironnementales et aux recommandations paysagères. Les participants rencontrés s’inquiètent de l’accroissement de l’artificialisation des sols et de la déprise agricole qui concourt à la fermeture de certains espaces ; mettant en jeu la préservation de la qualité écologique et des fenêtres paysagères des sites.

La recherche de paysages urbains comme dynamique est particulièrement commentée. Le peu d’éléments urbains rapportés par les regards d’habitants sur les paysages de l’Ille-et-Vilaine, l’extension urbaine qui se conjugue avec la banalisation de la périphérie des agglomérations et la standardisation des architectures urbaines, participent d’une dégradation du paysage. Si les outils de planification et de réglementation tentent de mieux maîtriser le développement urbain, ils restent insuffisant sur cette question. Ainsi, l’aspiration à la maison individuelle avec jardin reste le modèle auquel on se réfère et l’aménagement se réfléchit sur un plan plat et par zone. Considérant l’intégration paysagère des constructions à venir, les personnes rencontrées relèvent les repères du paysage urbain existants, le patrimoine bâti et le bourg-village, et estiment nécessaire une protection mieux adaptée à leur valorisation. Ils interrogent la pérennité des nouvelles formes urbaines, aujourd’hui visibles dans les communes autour de Rennes. Les élus, soucieux d’un rapprochement de l’urbanisation des éléments de nature, rapportent également le développement des chemins et circuits.

Le paysage apparaît comme une valeur du territoire. Il participe du cadre de vie, et constitue un élément identitaire. Beaucoup le considèrent pour parler de leur territoire. Cependant, la patrimonialisation des paysages vise essentiellement des paysages de nature ou de bâtis anciens. Délaissant l’environnement contemporain, elle préserve des sites paysagers, à côté des espaces d’activités (économique et résidentielle) qui se développent. Malgré l’existence d’outils de planification et de réglementation tant pour la préservation que pour l’évolution des paysages, les recommandations paysagères et les réglementations environnementales ne suffisent pas à rendre lisibles les enjeux de paysage pour les considérer dans les phases de réalisation des projets.

Pour ce qui est des dynamiques liées aux pratiques de paysages, les participants mettent en avant les aménagements qui facilitent aujourd’hui les pratiques de plein-air. Ils participent de la qualité du cadre de vie, en offrant des ouvertures sur les paysages de nature. Alors que ces derniers sont associés à la campagne, c’est au plus près des grandes agglomérations que ces aménagements sont les plus remarqués. Favorisant les déplacements doux, il s’agit de « profiter du paysage » ; aussi, quelques nouveaux circuits invitent à découvrir et apprécier également le paysage urbain. La valorisation de l’espace résidentiel et le développement de la mobilité, résidentielle et journalière, sont peu commentés. Les participants s’intéressent à une culture des paysages en soulignant la nécessité d’une meilleure connaissance des paysages pour s’intéresser à leurs évolutions.


[1] 82 personnes ont participé aux ateliers proposés dans les 7 Pays du département. Le Pays de Saint-Malo a compté le plus de participants. Ces petits groupes ont bien participé ; les formes autour d’une table ou avec quelques chaises ont été particulièrement propices à l’échange. 35 % des participants représentaient une commune, 18 % un Pays et 15 % une communauté de communes. Au-delà étaient présents en plus grand nombre des environnementalistes, des personnes du Conseil Général, des représentants de chambres consulaires (Chambre d’Agriculture et CCI).