Contenu

Regards d’habitants et représentations sociales

JPEG - 125.9 ko
 
L’étymologie du mot paysage renvoie à « ce que l’on donne à voir », « un morceau choisi », d’un pays. Aussi, l’analyse sociologique propose une lecture des paysages du département tels que perçus par les habitants de l’Ille-et-Vilaine aujourd’hui.
Si ces paysages apparaissent diversifiés et proches, les représentations sociales diffèrent en fonction des caractéristiques socio-économiques ou les situations de résidence. De plus, la prédominance des éléments de nature et l’influence des représentations culturelles interpellent quant à la considération de paysages contemporains.
Un recueil d’images de paysages des habitants et des acteurs rencontrés
L’image, picturale, photographique, écrite, constitue une illustration de la représentation mentale du paysage. Elle relâte un cadre, une vue, une perspective. La proposition d’un recueil d’images des regards d’habitants sur les paysages de leur département a été faite dans ce sens, pour l’étude des représentations sociales des paysages. Celui-ci révèle l’importance de l’eau et des symboliques qui y sont associées, les interrogations concernant les paysages urbains, la dimension identitaire des paysages fonction des territoires et des manières de les habiter, enfin la diversité des expertises ayant trait au paysage et l’intérêt de croiser ses regards.
 
Principaux résultats de l’enquête par questionnaire auprès des brétilliens
Les regards portés par les habitants sur les paysages de l’Ille-et-Vilaine ont été approchés à partir d’une série de photos et des questions complémentaires. Cette approche quantitative a notamment permis de définir une structure des représentations et de vérifier des liens entre les représentations des paysages et les caractéristiques socio-économiques et résidentielles (localisation et manières d’habiter le territoire) des répondants. Cet article propose une synthèse de l’analyse statistique des données des questionnaires retournés. L’ensemble de l’analyse est accessible dans un document joint à l’article.
 
La notion de paysage et ses déterminants socio-affectifs, par ses habitants
Le paysage n’est pas une histoire de goûts et de couleurs. S’il est propre à son observateur, nombre de des perceptions et des représentations de ce dernier sont communes à un grand nombre de personnes. Cela est simplement lié au fait de connaissances et de pratiques partagées, d’une éducation et d’une culture communes à des groupes d’individus.
Le présent article donne à voir, à travers les propos des personnes interviewées, la construction intellectuelle des paysages ; attachée à une culture et des pratiques de paysages. Il souligne l’essence du paysage, émanant du rapport de l’homme au temps et à l’espace.
L’analyse des résultats de l’enquête par questionnaire auprès des Brétilliens [1] permet de généraliser et de mieux comprendre les paysages perçus par ces habitants en fonction de leur âge, leur capital socio-économique et culturel, leur lieu d’habitation et leur mobilité sur le territoire.
 
Les valeurs associées aux paysages de l’Ille-et-Vilaine par ses habitants
Si la notion de paysage renvoie à celle de nature, c’est que la nature est à la genèse du paysage. Les premières représentations de paysages, dans l’Antiquité Grecque, admiraient, dans le paysage agricole, le rapport de l’homme à la nature. Avec la multiplication des explications scientifiques du fonctionnement de la nature à l’Epoque Moderne, on a délaissé le paysage. On le retrouve au XIXe siècle, à l’époque romantique, où la nature renvoie l’homme à un rapport sensible à son environnement. Aujourd’hui, l’information sur l’impact de l’action de l’homme sur la nature et la préoccupation de réparations écologiques accentuent le rapport étroit entre paysage et nature. Elles rappellent le caractère construit des paysages.
La valeur identitaire associée au paysage souligne l’importance des repères qui permettent à chaque individu de se construire une histoire des territoires qu’il vit ou traverse. Le paysage conduit ainsi à l’appropriation collective d’un environnement et témoigne de la préoccupation de son devenir.
 
Cadres et objets des paysages de l’Ille-et-Vilaine selon leurs habitants

Le paysage, a fortiori le paysage de l’Ille-et-Vilaine, apparaît comme une composition dont les éléments de nature sont soulignés par leurs observateurs. Ainsi, les massifs et les vallons pour certains, la mer et la forêt pour d’autres, sont souvent associés dans leur description.
La description du premier groupe marque la dominante de la composante appréciative de ces paysages (avec une approche picturale, ou une caractérisation, classification des paysages) ; tandis que la composante affective et temporelle distingue le second, également plus souvent associé aux pratiques de loisirs. L’un et l’autre renvoient à des profils socio-économiques et culturels différents.
Ces résultats confirment l’intérêt des paysages, éclairant le rapport des populations à leur environnement.

Après avoir présenté les valeurs et les déterminants socio-affectifs des paysages rapportés par les brétilliens enquêtés, nous nous intéressons ici aux divers cadres et objets physiques qu’ils retiennent pour parler des paysages de l’Ille-et-Vilaine.

 
Les autres vecteurs de paysages en l’Ille-et-Vilaine selon ses habitants
Les cadres et objets de paysages sont des vecteurs de paysage, dans le sens où ils donnent à apparaître un paysage. La communication sociale, qui véhicule la culture et les valeurs de paysages, en est un autre vecteur, majeur. Aussi, nous nous renvoyons à la lecture des deux précédents articles pour compléter celui qui suit.
Le caractère paysager des milieux semi-naturels et les voies de communication est discuté par les paysagistes. L’analyse sociologique les retient comme des vecteurs du paysage du département. Ils sont des endroits, aujourd’hui très fréquentés, privilégiés de lecture des paysages de l’Ille-et-Vilaine. Guidant notre regard, ils nous interpellent en tant qu’observateur.
 
Les lieux de paysages de l’Ille-et-Vilaine perçus par ses habitants
Plusieurs lieux de paysages de dimension départemental sont repérés par les habitants enquêtés. De façon logique, les paysages les plus touristiques sont emblématiques du fait de leur large médiatisation. Leur dimension extraordinaire est appréciée dans l’équilibre de leur composition, entre éléments naturels et construits. Ces lieux sont autant cités que des paysages ordinaires, plus commun, en particulier le paysage agricole bocager.
Aussi, la localisation des paysages donne à voir la considération d’une grande partie de l’espace départemental qui exclue cependant le bâti et les formes urbaines contemporains. La proximité déterminant ces paysages distingue également des territoires infradépartementaux.